Blog · Astrologie médicale

Le mythe fondateur :
quand la souffrance porte un sens

Il y a des questions que le laboratoire tranche, et d'autres qu'il laisse entières. « Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que cela vient me dire ? » Ces questions-là ne relèvent pas de la médecine — et pourtant elles se posent, dans presque chaque parcours de soin. L'école symbolique de Luc Bigé leur offre un langage : celui du mythe fondateur.

ILe comment et le pourquoi

La question que la science ne pose pas

Je passe une partie de mes journées à lire des chiffres. Le bilan BNS24, pièce maîtresse de ma pratique, mesure vingt-quatre paramètres sanguins ; il répond admirablement à la question du « comment » : comment ce terrain s'acidifie, comment ce foie se fatigue, comment cette immunité s'épuise. Je tiens à cette rigueur — mesurer avant d'agir. Mais au fil de quinze années de cabinet, une évidence s'est imposée : quand la personne a compris tout le « comment », il reste souvent une question intacte, qui ne figure sur aucun bilan. Pourquoi moi ? Pourquoi cela ? Pourquoi maintenant ?

C'est la distinction que fait Luc Bigé, et que je trouve d'une grande justesse : la science répond au « comment » — c'est sa force, son territoire, et rien ne doit l'en déloger — tandis que le symbolique répond au « pourquoi » et au sens. Deux registres, deux légitimités. Le drame commence quand on les confond : quand on demande à la biologie de donner du sens, elle n'en a pas à offrir ; quand on demande au symbole de soigner un organe, on met la personne en danger. Tenus chacun à leur place, ils se complètent comme la carte et le récit du voyage.

Car l'être humain se nourrit de pain, mais il ne se nourrit pas que de pain : il se nourrit aussi de sens. J'ai vu des personnes porter des épreuves lourdes avec une force tranquille parce qu'elles y trouvaient une signification — et d'autres s'effondrer sous des maux bénins qui n'avaient, à leurs yeux, aucun sens. Le sens ne guérit pas un organe ; mais il change la manière d'habiter l'épreuve, et cela, tout soignant le constate.

Planche ancienne illustrant les cinq éléments selon la médecine tibétaine
Les cinq éléments, langage symbolique du vivant — Atlas médical tibétain, Béryl bleu, XVIIe siècle.
IILe mythe fondateur

Chaque vie raconte une histoire qui la précède

L'école symbolique de Luc Bigé — sur laquelle je m'appuie pour ce volet de ma pratique — propose de lire le thème de naissance non comme un catalogue de traits de caractère, encore moins comme un programme d'événements, mais comme un récit : le mythe fondateur d'une existence. L'image que j'aime employer est celle du gland : il ne « prédit » pas le chêne, il le contient en puissance. Rien n'oblige le gland à devenir chêne — la terre, la lumière, les accidents diront le reste — mais il ne deviendra pas un saule. Chaque thème, dans cette lecture, dessine ainsi la forme d'un accomplissement possible : une vocation au sens large, une manière singulière d'être au monde qui demande à se déployer.

Dans ce langage, les planètes ne sont pas des causes : ce sont des personnages. Mars est la figure de l'affirmation et du courage ; Saturne, celle de la structure et de la maturation ; la Lune, celle du besoin et de la sécurité intérieure. Le thème les met en scène dans des relations — alliances, tensions, quêtes — qui composent une dramaturgie propre à chacun. Lire un mythe fondateur, c'est raconter cette pièce à la personne et observer ce qui s'éveille : presque toujours, quelque chose se redresse en elle, comme lorsqu'on entend enfin nommer ce que l'on a toujours su confusément.

Une précision d'honnêteté : je ne prétends pas avoir étudié auprès de Luc Bigé lui-même. Je m'appuie sur son école, ses livres et sa grille de lecture, que j'ai intégrées à ma pratique parce qu'elles rejoignent ce que la voie tibétaine m'a appris par un autre chemin : une existence n'est pas une suite d'accidents, c'est un chemin de transformation — ce que la tradition appelle l'épreuve de l'initié.

Dans l'école symbolique, à quelle question le thème de naissance répond-il ?

Le thème lu symboliquement répond au « pourquoi » — le sens, la trame, la vocation — et laisse le « comment » à la science et le « quand » aux devins, dont cette école ne fait pas partie. C'est précisément ce partage des registres qui rend la lecture féconde et sûre : chacun son territoire.
IIILa pathologie symbolique

Quand le mythe inaccompli se met à faire signe

« Une pathologie symbolique est le signe du non-accomplissement de son mythe fondateur. »

Voici la phrase centrale de cette école — et la plus délicate, celle qui exige d'être maniée avec des gants. Ce qu'elle suggère : lorsqu'une dimension essentielle de notre mythe reste durablement empêchée — une parole jamais prise, une créativité jamais déployée, une séparation jamais accomplie —, il arrive que la vie se mette à faire signe, et que certaines souffrances prennent valeur de langage. Le corps dit alors, à sa manière, ce que l'existence n'a pas trouvé le moyen de vivre. La lecture symbolique consiste à écouter ce langage possible — au conditionnel, toujours — et à se demander : qu'est-ce qui, dans mon mythe, attend d'être accompli ?

Et voici ce que cette phrase ne dit pas — je le souligne d'un trait appuyé, car des lectures paresseuses ont fait des ravages. Elle ne dit pas que vous avez « créé » votre maladie : personne ne choisit de tomber malade, et la culpabilisation est le contraire exact d'une lecture initiatique. Elle ne dit pas que toute maladie est symbolique : un empoisonnement, une infection, un accident ont des causes que la biologie décrit très bien sans supplément d'âme. Elle ne dit pas, enfin, que le sens soignerait à la place du traitement : c'est une lecture initiatique, pas une lecture médicale. Le diagnostic et la thérapeutique appartiennent à la médecine ; aucune décision de santé ne se prend sur la base d'un thème — jamais.

Tenue dans ces limites, la lecture devient précieuse. Elle transforme la question écrasante — « pourquoi cela me tombe-t-il dessus ? » — en une question ouverte : « qu'est-ce que cette épreuve me demande de devenir ? ». La médecine tibétaine, que je pratique par ailleurs, porte la même intuition sous d'autres mots : la maladie y est aussi un enseignant, et la guérison — la vraie, celle que la tradition appelle de diamant — passe par une transformation de la personne entière, pas seulement de l'organe.

IVLire son mythe

Comment se déroule une lecture, concrètement

Une lecture de mythe fondateur, chez moi, est un entretien d'une bonne heure, préparé à partir de vos données de naissance. Je ne vous assène pas un portrait : je vous raconte une trame — les grandes figures de votre thème, leurs alliances et leurs tensions, la quête qu'elles dessinent — et nous vérifions ensemble, pas à pas, ce qui résonne avec votre histoire réelle. Vous restez l'autorité sur votre propre vie : si une image ne vous parle pas, nous la laissons. Un symbole ne s'impose pas ; il s'offre.

Ce qui se produit dans ces entretiens m'émeut encore, après des années : des répétitions que la personne traînait comme des fatalités — toujours le même type d'impasse, de relation, d'épuisement — se mettent à faire sens comme les épisodes d'un même récit. Et un récit, contrairement à une fatalité, cela peut se reprendre : on peut en devenir l'auteur. C'est toute la différence entre « je suis comme ça » et « voilà ce qui, en moi, demande à être accompli ».

Cette lecture dialogue naturellement avec l'autre ciel que je pratique — le rTsis tibétain, qui situe la constitution dans ses cycles — et avec le reste de ma pratique : il n'est pas rare qu'une lecture de mythe éclaire ce qu'un bilan de terrain montrait par les chiffres, chacun dans son registre. Les deux regards ne se valident pas l'un l'autre ; ils se complètent, comme le comment et le pourquoi.

Les garde-fous de la lecture symbolique

  • Jamais de culpabilisation — personne ne « crée » sa maladie ; le sens est une ressource, pas un tribunal.
  • Jamais de diagnostic — la lecture est initiatique, non médicale ; le corps relève du médecin.
  • Jamais de décision de santé sur cette base — ni commencer, ni arrêter, ni retarder un traitement.
  • Toujours au conditionnel — le symbole propose ; vous seul reconnaissez ce qui est juste pour vous.

Ces garde-fous ne sont pas des précautions d'assurance : ils sont la condition même pour que la lecture reste ce qu'elle doit être — un espace de liberté, jamais une nouvelle prison.

VCe que le sens fait

Le pain et le sens : une écologie complète du soin

Ma pratique repose sur quatre regards : la mesure scientifique, l'environnement, le sens symbolique, et le chemin de transformation intérieure. Le mythe fondateur appartient au troisième — et il n'a de valeur qu'inséré parmi les autres. Une personne qui vient me voir repart rarement avec une seule réponse : le bilan dira ce que dit son sang, l'hygiène de vie ce que disent son assiette et son environnement, et la lecture symbolique, pour qui le souhaite, ce que son épreuve pourrait chercher à accomplir. Préserver le vivant, c'est aussi cela : ne pas amputer l'être humain de sa question du sens, sous prétexte qu'elle ne se mesure pas.

Cette lecture veut-elle dire que je suis responsable de ma maladie ?

Non, et je combats cette dérive chaque fois que je la rencontre. La lecture symbolique ne cherche pas de coupable : elle cherche du sens, ce qui est très différent. Dire qu'une épreuve peut porter une question n'est pas dire que vous l'avez provoquée. Si une lecture vous laisse coupable ou enfermé, c'est qu'elle est mal faite.

Puis-je remplacer un suivi médical par ce travail de sens ?

Jamais. La lecture du mythe fondateur est un accompagnement initiatique, pas un acte de soin médical : elle ne diagnostique rien, ne traite rien, et ne se substitue à aucun traitement. Je vous renverrai toujours vers votre médecin pour tout ce qui relève du corps — et le travail de sens se mène en parallèle, à sa juste place.

Faut-il connaître l'astrologie pour bénéficier d'une lecture ?

Aucunement. C'est mon travail de traduire la carte en récit clair ; le vôtre est simplement d'écouter et de vérifier ce qui résonne. La séance se déroule en français courant, sans jargon — les symboles sont au service de votre histoire, pas l'inverse.

À lire ensuite

Les deux ciels : astrologie tibétaine et occidentale
Comment la lecture symbolique dialogue avec le rTsis tibétain.

La guérison de diamant : l'épreuve de l'initié
La même intuition, portée par la voie tibétaine : nul ne guérit à votre place.

Mesurer avant d'agir : pourquoi le BNS24
L'autre regard — celui du « comment » — et pourquoi je ne l'abandonne jamais.

Si la question du sens vous travaille, la page consacrée à l'astrologie médicale présente les lectures que je propose et leur place exacte dans l'ensemble de ma pratique — aux côtés de la mesure, jamais à sa place.

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Astrologie médicale — les deux ciels en consultation

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