Il y a le ciel que les Tibétains calculent depuis des siècles pour accompagner leur médecine, et le ciel que l'Occident lit comme un récit symbolique de la personne. Deux langages, deux grammaires — et, je le crois profondément, une même question : non pas « que va-t-il m'arriver ? », mais « qu'est-ce que ma vie cherche à accomplir ? ».
Commençons par lever un malentendu. Si vous trouvez une page d'astrologie sur le site d'un praticien qui passe par ailleurs ses journées à lire des bilans sanguins, ce n'est ni par folklore ni par goût du mystère. C'est parce que ma pratique repose sur quatre regards complémentaires : le regard scientifique de la mesure — le bilan BNS24, la biologie fonctionnelle — ; le regard de l'environnement — l'eau, les ondes, l'alimentation — ; le regard symbolique du sens ; et le chemin de transformation intérieure. L'astrologie appartient aux deux derniers. Elle ne mesure rien : elle donne du sens.
Et je le dis d'emblée, parce que tout le reste de cet article en dépend : l'astrologie que je pratique n'est jamais prédictive, jamais fataliste. Elle ne vous annonce ni maladie, ni accident, ni date heureuse gravée dans le marbre. Elle propose une lecture — un miroir dans lequel une personne peut reconnaître la forme de son propre chemin. Et aucune décision de santé ne se prend sur cette seule base : le ciel n'a jamais remplacé un médecin, et il ne commencera pas avec moi.
Voilà plus de dix ans que j'approfondis l'astrologie tibétaine, au point d'avoir développé mes propres logiciels de calcul. Et parallèlement, je me suis nourri de l'astrologie occidentale symbolique, en particulier de l'école de Luc Bigé et de sa lecture du « mythe fondateur ». Deux ciels, donc. Cet article voudrait vous montrer ce que chacun dit — et pourquoi ils se répondent si bien.
Au Tibet, l'astrologie ne s'est jamais séparée de la médecine. Les deux disciplines s'enseignaient traditionnellement dans les mêmes institutions, et le médecin tibétain apprenait à « compter » — c'est le sens du mot rTsis, le calcul — autant qu'à palper le pouls. La tradition distingue deux grands courants : l'astrologie des éléments, dite « noire » parce que venue de Chine (nag-rtsis), qui travaille avec les cinq éléments, les douze animaux, les neuf carrés magiques (mewa) et les huit trigrammes (parkha) ; et l'astrologie « blanche » venue de l'Inde (kar-rtsis), issue du tantra de Kalachakra, qui suit les positions planétaires et fonde le calendrier tibétain.
Ce que ce ciel-là sait faire est très concret. Il dresse un thème de naissance qui décrit une constitution, des forces et des fragilités de terrain — en résonance frappante avec les trois humeurs de la médecine tibétaine. Il propose un horoscope dit médical, qui éclaire la manière dont une personne traverse un épisode de maladie : non pas « guérirez-vous ? », mais « qu'est-ce qui, en vous et autour de vous, soutient ou entrave la traversée ? ». Il calcule enfin des jours plus ou moins favorables pour entreprendre — se déplacer, se marier, commencer un traitement. J'ai été formé à cet art auprès de Lama Lobsang Darjy et de Kim Lai, et j'y ai consacré une part entière de ma vie, jusqu'à créer les outils de calcul que je partage sur astrologietibetaine.org.
Faut-il y « croire » ? La question est mal posée. Le rTsis est d'abord une écologie du temps : il rappelle que nous ne vivons pas dans un temps abstrait et uniforme, mais dans des cycles — saisons, lunaisons, âges de la vie — qui nous portent ou nous freinent. Le paysan valaisan qui ne sème pas en novembre pratique, sans le savoir, une forme d'astrologie élective. Le ciel tibétain systématise cette attention aux moments justes, et la relie au soin.
Au Tibet, quel lien unit traditionnellement l'astrologie et la médecine ?
L'autre ciel qui nourrit ma pratique est occidental — mais pas celui des horoscopes de magazine. Je m'appuie sur l'école symbolique de Luc Bigé, qui a redonné à l'astrologie sa dignité de langage : les planètes n'y sont pas des causes qui nous manipuleraient à distance, ce sont des fonctions symboliques — des figures du récit intérieur. Mars ne « provoque » rien : il nomme la manière dont une personne affirme, tranche, conquiert. Saturne ne « punit » pas : il nomme la structure, la limite, la maturation.
Le cœur de cette approche est une idée simple et vertigineuse : chaque thème de naissance raconte un mythe fondateur — la trame d'un accomplissement possible, comme le gland contient la forme du chêne. Luc Bigé le formule ainsi : la science répond à la question du « comment » — comment la cellule se divise, comment l'inflammation s'installe — tandis que le symbolique répond au « pourquoi » et au sens. Les deux questions sont légitimes ; aucune ne remplace l'autre. Et l'être humain a besoin des deux réponses, car on ne se nourrit pas que de pain : on se nourrit aussi de sens.
« Une pathologie symbolique est le signe du non-accomplissement de son mythe fondateur. » — l'intuition centrale de l'école de Luc Bigé, à entendre comme une lecture initiatique, jamais comme une explication médicale.
Je tiens à la nuance, parce qu'elle protège : cette phrase ne dit pas que vous êtes responsable de votre maladie, ni que le sens remplacerait le traitement. Elle dit qu'à côté du « comment » biologique — qui appartient à la médecine —, certaines souffrances portent une question de sens qui mérite, elle aussi, d'être entendue. J'y consacre un article entier, tant le sujet demande de précaution.
Quand on pratique longtemps les deux langages, leurs parentés sautent aux yeux. Tous deux pensent par cycles : le ciel tibétain avec ses années-animaux, ses mewa et son calendrier issu du Kalachakra — la « roue du temps » — ; le ciel occidental avec ses retours planétaires, ces rendez-vous que chacun connaît sous des noms familiers : la crise de la trentaine, le cap de la cinquantaine. Tous deux refusent le temps plat des agendas : ils décrivent un temps qui a des saisons, des seuils, des traversées.
Tous deux, surtout, sont des astrologies de la transformation. Le rTsis tibétain s'enracine dans une vision bouddhiste où rien n'est figé : le thème décrit des tendances, jamais un destin, et la tradition accompagne chaque configuration difficile de remèdes — pratiques, conduites, rituels — qui sont autant de manières de dire : vous avez la main. La lecture symbolique occidentale dit la même chose avec d'autres mots : le mythe fondateur n'est pas une sentence, c'est une vocation — quelque chose qui appelle, et qu'on peut accomplir de mille manières.
Leurs différences sont tout aussi précieuses. Le ciel tibétain excelle dans le rapport au temps concret : constitution, saisons, moments favorables — il parle au corps et au calendrier. Le ciel occidental excelle dans le récit de la personne : il parle à la biographie, aux répétitions que l'on traîne, au sens que l'on cherche. L'un me sert plutôt à situer un terrain dans ses cycles ; l'autre, à écouter une histoire. Ensemble, ils couvrent ce que la mesure seule laisse dans l'ombre.
Qu'est-ce que les deux astrologies que je pratique refusent l'une et l'autre ?
Une lecture astrologique chez moi est un entretien, pas une séance de voyance. Vous m'apportez vos données de naissance ; je prépare le double thème — tibétain et occidental — à l'aide de mes logiciels de calcul, puis nous parcourons ensemble ce que ces cartes suggèrent : la constitution et ses saisons sensibles côté tibétain, la trame du récit personnel côté symbolique. Vous restez juge de ce qui résonne : je propose des pistes, jamais des verdicts. Et lorsque la lecture touche à la santé, elle vient toujours en complément des autres regards — jamais à leur place : le bilan mesure, le médecin traite, le ciel éclaire.
Non — et méfiez-vous de quiconque le prétend. Le thème tibétain décrit une constitution et des périodes où elle demande plus d'attention, comme on sait qu'un toit ancien demande plus de soin à la saison des pluies. C'est une invitation à la prévention et à l'hygiène de vie, pas une prophétie. Aucune décision de santé ne se prend sur la seule base d'un thème : le diagnostic appartient à la médecine.
Non. Je présente le thème comme un langage symbolique, un miroir structuré : son utilité se juge à ce qu'il vous permet de voir de vous-même, pas à une adhésion préalable. Beaucoup de personnes sceptiques ressortent d'une lecture avec des questions plus justes sur leur propre vie — c'est exactement le but.
Parce qu'elles n'éclairent pas la même chose. Le rTsis tibétain parle au corps et au calendrier : constitution, saisons, moments favorables. La lecture symbolique occidentale parle à la biographie : le sens, les répétitions, la vocation. Selon votre question, l'un des deux ciels — ou leur dialogue — sera le plus parlant.
Kalachakra : la roue du temps et la transformation intérieure
Le tantra qui fonde le calendrier tibétain — et fait de l'astrologie un chemin d'éveil.
Le mythe fondateur : quand la souffrance porte un sens
La lecture symbolique de l'école de Luc Bigé, avec ses garde-fous.
Choisir son jour : l'art tibétain des jours favorables
Le rTsis électif et les logiciels que j'ai développés pour le calculer.
Si ces deux ciels vous intriguent, la page consacrée à l'astrologie médicale détaille ce que je propose en consultation — thème natal, horoscope médical, jours favorables — et la manière dont cette lecture s'insère dans l'ensemble de ma pratique.