Le sucre à seize heures, la cigarette du téléphone qui sonne, le verre du soir, l'écran qui ne s'éteint jamais. Derrière chaque dépendance, il y a un manque qui a trouvé son raccourci. On peut lutter contre le raccourci — épuisant. On peut aussi s'occuper du manque : c'est le travail de terrain, mené avec humilité et jamais seul.
Deux choses doivent être dites avant tout le reste. La première : il n'existe pas de sevrage miracle, et quiconque vous en promet un vous manque de respect. Aucun granule, aucune plante, aucune technique douce ne « supprime » une dépendance. La deuxième : une dépendance sévère — alcool au quotidien, substances, jeu qui engloutit les finances, tout ce qui met en danger la santé, la sécurité ou les proches — relève d'un suivi médical et psychologique spécialisé : médecin traitant, addictologue, psychothérapeute, structures spécialisées. Certains sevrages, celui de l'alcool en particulier, peuvent être physiquement dangereux s'ils sont menés brutalement et sans encadrement médical. Ce que je propose dans ces situations n'est jamais une alternative : c'est un accompagnement du terrain, en lien avec ce suivi — en complément, à sa juste place.
Ce cadre posé, il reste un immense espace où un accompagnement de terrain a du sens : les dépendances du quotidien qui ne relèvent pas (ou pas encore) de l'addictologie, mais qui rongent la vitalité — le sucre, les écrans, le tabac, le café en excès, le verre du soir devenu rituel obligatoire. Et une conviction qui traverse toute ma pratique : on comprend mieux une dépendance en se demandant ce qu'elle répare qu'en se demandant comment la combattre.
Une dépendance est rarement un vice. C'est presque toujours une solution — coûteuse — que le corps et le cœur ont trouvée à un problème qui, lui, n'a pas été entendu.
Ce que le comportement addictif vient chercher, la physiologie le décrit assez bien : un soulagement rapide du système de la récompense et du stress. Or ce système ne réclame pas au hasard. Un terrain neuro-émotionnel épuisé réclame plus fort : quand le sommeil est en dette, quand la glycémie fait les montagnes russes, quand certains cofacteurs de la chimie nerveuse — magnésium, fer, vitamines du groupe B, acides aminés précurseurs des neurotransmetteurs — manquent à l'appel, quand l'inflammation de fond gruge l'énergie, le raccourci devient irrésistible. Ce n'est pas une question de volonté : c'est une question de pente. On ne demande pas à quelqu'un de remonter une pente savonneuse en le sermonnant ; on commence par sécher la pente.
Prenez le sucre, la plus banale et la plus universelle de nos dépendances. Derrière l'envie de seize heures, il y a très souvent une mécanique simple : un petit-déjeuner sucré qui propulse la glycémie, une insuline qui la fait chuter, un cerveau en hypoglycémie relative qui exige son carburant — et la volonté n'a rien à faire dans cette histoire. Déplacez les protéines vers le matin, stabilisez les repas, comblez un magnésium en berne, et l'envie perd l'essentiel de sa force sans qu'on l'ait combattue de front. Les écrans obéissent à une logique voisine : un système de récompense affamé de dopamine par la fatigue et le stress se jette sur la stimulation la plus accessible. Dans les deux cas, la leçon est la même — on ne négocie pas avec un manque, on le comble en amont.
C'est ici que la mesure reprend ses droits. Le bilan BNS24 me montre l'état réel du terrain — l'acidose tissulaire, les réserves minérales, le foie (très sollicité chez les dépendants au sucre comme à l'alcool), l'inflammation silencieuse, l'axe du stress. La lecture diathésique, elle, situe le style de la personne : les terrains d'adaptation épuisés qui « tiennent » à coups de stimulants, les tonalités plus compulsives où l'excès appelle l'excès. De cette double lecture découle un accompagnement concret : homéopathie de fond pour soutenir le mode réactionnel de la personne — selon l'architecture que je décris dans « Remède de fond et satellites » —, micronutrition ciblée pour combler ce qui manque réellement, assiette qui stabilise la glycémie, plantes de drainage et de soutien hépatique, travail du sommeil. Rien de spectaculaire : on rend au terrain les moyens de moins réclamer.
Si la dépendance était une pure affaire de biochimie, la micronutrition suffirait. Elle ne suffit pas, et tous ceux qui sont passés par là le savent : le manque qui réclame est aussi un manque de lien, de sens, de décharge émotionnelle. Mon parcours m'a mené, au fil des années, à explorer de nombreuses approches de l'accompagnement humain — la thérapie relationnelle Imago, la Communication NonViolente, entre autres — non pour me faire psychothérapeute, ce que je ne suis pas, mais pour savoir écouter ce que le comportement protège. La question que je pose n'est jamais « pourquoi ne pouvez-vous pas arrêter ? », mais « qu'est-ce qui devient insupportable quand vous arrêtez ? ». La réponse à cette question-là dessine le vrai chantier.
La médecine tibétaine, qui m'accompagne depuis 2012, apporte ici une lecture que je trouve précieuse : ce qu'elle appelle le rLung — le vent intérieur, le souffle qui porte l'esprit — s'agite précisément dans les états de manque, d'anxiété, de compulsion. Les gestes qui l'apaisent sont concrets et sans prétention : le massage Ku Nye et ses huiles chaudes, la régularité des repas et du sommeil, le souffle, la chaleur. Beaucoup de personnes en travail de sevrage — encadré médicalement quand il le faut — témoignent que ces appuis corporels rendent la traversée moins âpre. Ce n'est pas la guérison ; c'est une main courante le long de l'escalier.
Et puis il y a le temps. Mon passé d'artiste de cirque m'a appris une chose que je répète souvent : l'équilibre n'est pas un état, c'est un geste permanent — fait de mille corrections minuscules. La rechute n'est pas un échec du caractère, c'est une information sur ce qui manque encore au terrain ou au cœur. On la lit, on ajuste, on repart. C'est ainsi qu'un corps garde son équilibre : par corrections continues.
Dans une approche de terrain, quelle est la première question utile face à une envie de sucre irrépressible à 16 heures ?
Un accompagnement type commence par un état des lieux sans jugement : votre histoire, le rôle que joue le comportement dans votre équilibre actuel, vos tentatives passées — elles contiennent toujours des leçons —, et, chaque fois que c'est pertinent, un bilan BNS24 pour objectiver le terrain. Puis nous construisons un plan à votre mesure : soutien du terrain (homéopathie de fond, micronutrition, drainage), appuis corporels (Ku Nye, chromopuncture pour les plus sensibles), réglages d'hygiène de vie choisis pour être tenables — je préfère trois changements durables à dix résolutions héroïques —, et des points d'étape réguliers.
Avec qui : vous d'abord, et selon la situation, votre médecin, votre psychologue, votre addictologue. Quand une dépendance dépasse le cadre de ma pratique, je le dis, et j'oriente. C'est une ligne que je ne franchis pas, par respect pour vous : le travail de terrain accompagne un suivi spécialisé, il ne le remplace jamais. Dans quelles limites : aucune promesse de résultat, aucun délai garanti, aucun protocole standard — un terrain se cultive, il ne s'usine pas. Ce que je garantis en revanche : de la précision dans la mesure, de l'honnêteté dans les attentes, et une présence constante sur la durée. Préserver le vivant, ici, c'est très concret : c'est vous aider à redevenir la personne qui choisit, plutôt que celle qui réclame.
Je peux accompagner votre terrain pendant que vous arrêtez : soutenir le système nerveux, combler les manques micronutritionnels qui amplifient l'irritabilité du sevrage, apaiser le corps par le Ku Nye, travailler les situations déclencheuses. La décision et l'effort restent les vôtres, et les aides validées — substituts nicotiniques, accompagnement médical — gardent toute leur place. Aucune méthode, la mienne comprise, ne fume à votre place l'envie de fumer.
Une consommation d'alcool problématique relève d'abord d'une évaluation médicale — le sevrage alcoolique non encadré peut être dangereux. En Valais, Addiction Valais offre écoute et orientation, pour la personne concernée comme pour l'entourage. Un accompagnement de terrain ne peut venir qu'en appui d'une démarche encadrée, jamais s'y substituer — et l'entourage, lui aussi, mérite du soutien.
Non — et méfiez-vous de quiconque l'affirme. L'homéopathie de fond, dans ma pratique, soutient le mode réactionnel de la personne : un terrain moins épuisé, moins acide, mieux nourri réclame généralement moins fort, et c'est déjà précieux. Mais la compulsion se travaille sur tous les plans à la fois — corps, biologie, émotions, habitudes — et dans la durée. C'est un artisanat, pas un interrupteur.