Blog · Environnement & société

Préserver le vivant,
réveiller les consciences

Ceci est le manifeste de ce blog — le fil qui relie un article sur le pouls tibétain, un autre sur les protéines sériques, un troisième sur l'eau du robinet. Je crois que soigner une personne et préserver le vivant sont un seul et même geste, posé à deux échelles. Voici pourquoi, et ce que cela engage.

IUn seul et même geste

Le corps n'a pas de frontière étanche

J'ai été bûcheron avant d'être artiste de cirque, et artiste de cirque avant d'être thérapeute. De la forêt, j'ai gardé une évidence que quinze ans de cabinet n'ont fait que confirmer : le vivant est un tissu continu. L'eau qui descend de nos glaciers devient l'eau de vos cellules ; l'air de la vallée devient votre sang ; le sol qui nourrit la plante nourrit l'assiette qui vous nourrit. Ce que nous appelons « environnement » n'est pas un décor autour du corps — c'est le corps en amont de lui-même.

Toute ma pratique repose sur la notion de terrain : cet arrière-plan biologique et existentiel sur lequel les troubles apparaissent, s'installent ou se dissolvent. Or le terrain d'une personne ne s'arrête pas à sa peau. Quand je lis un bilan BNS24, je lis aussi, en filigrane, une eau, un air, une alimentation, un rythme de vie, un niveau de bruit et d'écrans. Soigner le terrain intérieur sans regarder le terrain extérieur, c'est écoper sans fermer la vanne. Et l'inverse est vrai : chaque geste qui préserve le monde vivant — moins de chimie domestique, moins de plastique, une eau et une assiette plus propres — est immédiatement un geste de santé personnelle. Il n'y a pas deux combats ; il y a deux échelles d'un même soin.

La médecine tibétaine que je pratique depuis 2012 n'a jamais pensé autrement. Le Gyüshi range le lieu, la saison et la conduite parmi les causes premières de santé et de maladie ; ses planches anciennes — le Béryl bleu — dessinent l'homme dans son paysage, jamais isolé de lui. Les cinq éléments qui composent le corps sont les mêmes qui composent la montagne : ce n'est pas une poésie, c'est une méthode. Quand un système médical vieux de treize siècles et l'épidémiologie contemporaine convergent sur le même point — l'environnement est un déterminant majeur de la santé —, il me semble raisonnable de les écouter tous les deux.

« Préserver le vivant : celui qui bat en vous, et celui qui vous porte. C'est la même attention, tournée dans deux directions. »
IILes quatre regards

Une croix pour tenir le réel en entier

Pour ne pas réduire la santé à une seule dimension, je travaille avec quatre regards complémentaires — une croix inspirée à la fois de la voie de transformation de la médecine tibétaine et de la « croix du temps et de l'espace » du philosophe Luc Bigé.

Ce manifeste écologique est simplement le deuxième regard pris au sérieux. La plupart des médecines — et une bonne part des médecines complémentaires — s'arrêtent à la personne. Or les grandes études le répètent : une part considérable des maladies chroniques tient à des facteurs d'environnement et de mode de vie. Le dire n'est pas de l'idéologie ; c'est de l'épidémiologie.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, quelle part approximative de la charge mondiale de maladies est attribuable à des facteurs environnementaux modifiables ?

L'OMS estime qu'environ un quart de la charge mondiale de morbidité est liée à des facteurs environnementaux modifiables — qualité de l'air, de l'eau, expositions chimiques, conditions de vie. Autrement dit : prendre soin de l'environnement n'est pas un supplément d'âme du soin, c'en est un pilier quantifiable.
IIIRéveiller sans effrayer

Ni militantisme, ni sommeil : la responsabilité tranquille

« Réveiller les consciences » : je pèse ces mots, car ils ont été abîmés. Réveiller n'est pas alarmer. La peur est un mauvais médecin — elle fige, elle polarise, elle jette les uns dans le déni et les autres dans l'obsession. J'ai vu des personnes rendues malades non par leur environnement, mais par la terreur de leur environnement ; ce n'est pas un progrès. Ce blog ne cherche donc ni à dramatiser ni à rassurer, mais à rendre lucide : dire ce que l'on sait, avouer ce que l'on ignore, et transmettre les gestes simples qui relèvent du bon sens. C'est la ligne des articles sur l'eau, sur les ondes, sur l'habitat : jamais de catastrophe, jamais de déni, toujours des gestes.

Réveiller n'est pas non plus culpabiliser. Personne ne vit chimiquement pur, électromagnétiquement vierge et nutritionnellement parfait — pas moi, pas vous. La responsabilité que je propose est celle d'un corps qui se rééquilibre en marchant : on ne fige pas l'équilibre, on l'ajuste, pas après pas, avec ce qu'on a. Un geste tenu vaut dix résolutions héroïques. Aérer chaque matin, filtrer son eau, coucher son téléphone hors de la chambre, cuisiner un peu plus, acheter un peu moins : rien de spectaculaire, et c'est précisément ainsi que les terrains — et les mondes — changent d'état.

Enfin, réveiller n'est pas prêcher contre la modernité. J'ai créé ArtemisIA, des assistants d'intelligence artificielle au service du soin ; je vends des solutions techniques de filtration et de protection ; je fais dialoguer un texte tibétain du VIIIe siècle avec la biologie fonctionnelle. La question n'est jamais « pour ou contre la technique », mais : cette technique sert-elle le vivant, ou s'en sert-elle ? C'est un critère exigeant. Il m'oblige moi le premier.

Montagnes du Valais sous la lumière, symbole du vivant à préserver
Le Valais, mon école du vivant : l'eau, la pente, la lumière — ce qui nous soigne est ce que nous avons à préserver.
IVCe que cela engage

Cinq engagements, pour ce blog et pour ma pratique

Un manifeste n'a de valeur que s'il engage. Voici donc ce à quoi ce blog — et le cabinet derrière lui — se tiennent :

Il y a enfin une raison plus intime à ce manifeste, que mon parcours explique peut-être. Le bûcheron que j'ai été sait ce qu'est une forêt qu'on exploite sans la connaître ; l'artiste de cirque sait qu'aucun équilibre n'est acquis, qu'il se rejoue à chaque pas ; le thérapeute, après quinze ans de cabinet, sait que les terrains humains se dégradent et se restaurent comme les sols — lentement, par accumulation de gestes. Ces trois vies m'ont enseigné la même chose sous trois angles : le vivant est robuste et fragile à la fois, et il répond à l'attention qu'on lui porte. C'est cette attention que ce blog voudrait contagier — le mot n'existe pas, mais il devrait.

Le vivant n'a pas besoin que nous soyons parfaits ; il a besoin que nous soyons attentifs. Si ce blog obtient de vous un seul geste durable — une carafe, une fenêtre ouverte, une nuit sans écran, un repas cuisiné —, il aura fait son travail. Le reste, nous le ferons pas à pas — un pas après l'autre.

Questions fréquentes

Ce discours écologique a-t-il sa place dans un cabinet de thérapie ?

Il y entre de toute façon, par les faits : l'eau, l'air, l'alimentation et le sommeil de mes patients pèsent sur ce que j'observe au bilan et au pouls. Le nommer permet d'agir dessus. Mais au cabinet, il n'y a ni prêche ni programme : seulement votre situation, vos possibilités, vos choix — et des propositions concrètes que vous restez libre d'adopter.

Faut-il tout changer d'un coup pour que cela serve à quelque chose ?

Non — et c'est même contre-productif : les transformations totales s'effondrent presque toujours. Un terrain se corrige comme un corps garde l'équilibre : par petits ajustements tenus. Choisissez un geste par saison ; dans deux ans, votre quotidien aura changé de nature sans qu'aucun jour n'ait été héroïque.

Où ce fil se prolonge-t-il sur le site ?

Dans les articles environnement de ce blog (eau, ondes, habitat), dans les pages consacrées au bilan de terrain et à la médecine intégrée, et dans mon parcours — car cette conviction vient de loin : de la forêt, du fil, et de quinze ans à écouter des terrains humains.

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